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Merci

Cher couple n°1,

Hier on s'est croisés, vers les 19h30, près du Centre Juliette Drouet à Fougères.
J'étais là depuis un moment, je trouvais que les Fougerais étaient du genre pas mal relax rapport que j'étais toute seule à attendre, mais bon, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. De toutes façons, il y avait des affiches sur les vitres avec marqué complet en rouge, et quand j'avais tapé « théâtre Victor Hugo Fougères » sur Google une bonne quarantaine de fois depuis l'achat de mon billet, le site me renvoyait vers Juliette D. Alors, Monsieur Couple, quand tu m'as demandé si c'était bien ici le concert de Jeanne Cherhal, je t'ai répondu en souriant, « ben j'espère ». Tu as dit à Madame qu'il était tôt après tout, et que tu préférais attendre au chaud dans la voiture. Je vous ai vus retourner à la dite, discuter un peu avec quelqu'un à quelques dizaines de mètres, et puis repartir. Sans doute pour boire un truc chaud jusqu'à une heure plus raisonnable, parce que oui, il était tôt.
Un peu plus tard, un autre couple que toi est arrivé, avec ses deux filles Jeanne et Madeleine. Elles étaient surexcitées, les minettes, entrecoupaient de savantes comptines de mains avec des chansons de Jeanne Chanteuse. On a beaucoup ri, en s'interrogeant quand même sur le manque de monde. Mais bon, Papa a dit « 20h30 h, ça doit être l'ouverture des portes. Tu te souviens, l'autre jour c'était comme ça aussi ». Maman a quand même reconsulté son portable. Au bout de 5 mn, elle a lu un truc comme quoi le théâtre Victor Hugo, c'était dans le centre-ville. Il était 20h20. On a couru vers nos véhicules en se souhaitant bonne chance. C'était chaud (enfin, « chaud mais froid, hein », sont les derniers mots que Jeanne Couple m'a lancés).


Alors tu vois, cher couple n°1, je voudrais te dire merci. Merci de ne pas m'avoir fait un signe quand on t'a expliqué que c'était pas le bon endroit. Tu ne me devais rien, et puis j'avais qu'à mieux m'informer, tu n'as pas tort.

Merci aussi, vraiment, j'ai bien rigolé avec Jeanne et Madeleine.
Parce que, pour la première fois de ma vie, mon non-sens de l'orientation a joué les GPS de compète. En 2,5 mn j'étais au bon endroit, avec 5 mn pour se garer, faut pas pousser.
Parce que j'ai remonté en courant la très longue rue qui mène au théâtre (situé dans la partie HAUTE de la ville). Il me fallait bien ça pour me remettre au sport.
Parce que sans même tenter le parterre, je me suis ruée vers le balcon. Plein. Sauf là tout derrière, un siège isolé, où on ne voyait pas très bien. Mais vite j'y étais comme chez moi : assise en tailleur avec mon manteau et mon gilet sous les fesses pour prendre de la hauteur, je pouvais gigoter, glousser, mimer les paroles autant que je voulais, et même appeler quelqu'un pour lui faire partager un moment sans déranger personne.

J'espère que tu étais bien installé toi, au parterre. Peut-être au 4e rang, à côté du monsieur qui avait quelques hectolitres de glaires à évacuer. Ou à cette place redoutée par tous les fans d'artistes à piano, où tu ne vois que des chaussures, et encore. Je te rassure, moi je n'ai rien loupé, des jambes interminables et du coffre fort, des saillies et des slences, des nouveautés et des vieilleries du siècle dernier.


Quand je suis sortie, le brouillard était tombé, il y avait des gens dans la rue au début et puis plus. A descendre et en marchant, c'était très agréable. La lune brouillée se reflétait dans l'eau des douves, je n'avais pas de PV. J'ai remis le disque de Jeanne dans le lecteur et je suis partie.

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